Classification

Rubia tinctorium (garance du teinturier) & Rubia peregrina (garance voyageuse).

 

La garance appartient à la vaste famille des rubiacées (une famille bien remarquable, puisqu'elle comprend aussi les plantes qui donnent le café, le quinquina et l'ipéca).


Il s'agit d'une plante herbeuse, vivace, dont la souche traçante, formée de rhizomes épais, donne naissance à des tiges annuelles, couvertes de feuilles verticillées, oblongues lancéolées, fortement denticulées épineuses sur les bords.

Les fleurs, d'un blanc jaunâtre, sont disposées en cymes composées, axillaires et terminales.
Les fruits sont des baies noires, de la grosseur d'un pois.

C'est dans les racines qu'est localisée la matière colorante rouge, qu'on a baptisée l'alizarine.

Habitat : terres en friche, taillis.
Floraison : mai-juillet.


 

Palette de couleurs

 

 

Voir la palette de couleurs Lefranc complète, et notamment :

  • 347 - laque de garance rose,

  • 345 - laque de garance cramoisie,

  • 346 - laque de garance foncée

Nuancier du XIX siècle, des échantillons de laine vieux de 150 ans portent les couleurs toujours vives et resplendissantes, grâce aux mélanges de différents principes actifs en provenance parfois de plusieurs plantes.


Histoire

Historique des colorants

Les premières substances colorées ont été utilisées par l'homme dans les grottes décorées (Lascaux ou Altamira, vers 12000 av. J-C). Elles étaient constituées de charbon de bois ou d'argiles.

Les teintures les plus anciennes proviennent de textiles chinois datant de 3000 av. J-C. Vers 2000 av. J-C on utilisait la garance ou l'indigo, en Inde, en Palestine ou en Egypte. Jusqu'au XIXe siècle, les colorants utilisés ne sont qu'une quinzaine. Ils sont tous extraits de produits naturels et souvent d'origine végétale - le rouge est extrait de la racine de garance (rubia tinctorum), le bleu provient de l'indigotier (indigofera) et le jaune de la gaude (reseda luteola).

Certains colorants sont d'origine animale comme la pourpre extraite d'un mollusque (le murex) ou le carmin obtenu à partir d'un insecte d'Amérique du Sud (la cochenille), d'autres sont d'origine minérale (ocres ou lapis-lazuli).

Parmi toutes les couleurs, le rouge a toujours occupé une place prééminente. C'est si vrai que, dans plusieurs langues, comme le russe, "beau" et "rouge" s'expriment par le même mot. Le rouge est la couleur par excellence. C'est parce que certaines rivières coulaient rouges que les Espagnols les ont baptisées Colorado ou RioTinto.

 

La garance

 

La plus connue des teintures végétales, celle que l'on utilisa le plus longtemps, et qui, de plus, donnait la couleur la plus solide, est sans conteste celle que l'on tirait de la garance. Cette plante, originaire probablement de l'Asie, fut très tôt l'objet d'une culture intensive, dont parlent Dioscoride et Pline, et le commerce la faisait parvenir dans les contrées où elle ne pouvait croître : on en a trouvé en Norvège, dans une sépulture du huitième siècle avant J.-C. ! Les noms variés qu'elle a portés, sans rapport les uns avec les autres, témoignent de cette diffusion très ancienne.

 

La fin de la culture

 

Ce sont les progrès de la chimie qui amenèrent, au XIXe siècle, la disparition de la garance. L'alizarine, sa substance colorante, fut identifiée en 1826. Le 25 juin 1869, quelques heures avant l'Anglais Perkin, Graebe et Liebermann, deux chimistes allemands dont le premier devait venir ensuite occuper durant vingt-sept ans la chaire de chimie à Genève, firent breveter un procédé permettant de la fabriquer artificiellement. En peu d'années, le prix de revient put être réduit au point de n'atteindre plus que le dixième environ de celui de la garance naturelle, à pouvoir colorant égal ; et encore s'agissait-il d'alizarine pure, alors que le produit naturel devait d'abord être débarrassé d'autres substances colorantes, sous peine de ne pas obtenir un rouge franc. L'apparition de l'alizarine synthétique signifiait la ruine pour les producteurs de garance naturelle, qui durent se reconvertir à d'autres cultures. Alors qu'au milieu du siècle, on trouvait, par exemple, en Vaucluse, cinquante moulins a garance échelonnés d'Orange à Orgon, il n'en subsistait plus qu'un seul en 1880. A la fin du XIXe siècle, la France, à en croire la "Grande Encyclopédie", en était déjà à importer plus de garance, si faible qu'en fût la quantité, qu'elle n'en produisait elle-même. Une tradition orale encore persistante veut que le fameux pantalon garance de l'armée française, qui datait de Louis-Philippe, et que d'ailleurs toutes les troupes ne portaient pas, n'ait dû sa survivance jusqu'en 1914 qu'au désir de faire vivre les cultivateurs. On se demande si cette version se concilie bien avec les faits exposes ci-dessus, surtout si l'on considère que l'autre région productrice, l'Alsace, n'était plus française depuis 1871. Il est beaucoup plus probable, si étonnant que cela puisse paraître, que ce drap militaire français ait été teint, durant les dernières décennies, avec de l'alizarine... allemande !

 

Aujourd'hui

 

La réputation du pantalon garance a été telle qu'elle a éclipsé d'autres uniformes qui devraient pourtant bien nous intéresser aussi : c'est de drap garance que, sous l'ancien régime, étaient revêtus non seulement les trois régiments irlandais, mais aussi et surtout les onze régiments suisses de ligne au service de France (alors que le régiment des gardes suisses, approchant le roi, portait un uniforme écarlate, plus coûteux). Napoléon, à son tour, eut quatre régiments suisses vêtus de rouge garance qui, en 1812, allèrent joncher les rives de la Duna et de la Bérézina. La Restauration, enfin, reprit l'ancienne tradition : le teint garance distinguait les quatre régiments suisses de ligne, et le rouge écarlate les deux régiments suisses de la garde. Avant de caractériser le pantalon militaire français, le rouge garance a donc été une marque distinctive des Suisses (qu'elle a d'ailleurs fait confondre plus d'une fois avec les troupes anglaises auxquelles ils étaient opposés, notamment en Sicile et en Espagne). Supprimés en France en 1830, les " Suisses rouges " subsistèrent au service des Bourbons de Naples jusqu'en 1859. Mais là, leur uniforme était rouge écarlate, et non garance.

 

Au début de la première guerre mondiale, les soldats français portaient une superbe tenue bleue horizon et rouge garance. Difficile à camoufler, surtout dans les champs de blé d'or du mois d'août 1914... L'armée décidera enfin d'adopter la tenue Kaki.

L'année dernière, dans un luxueux salon parisien, le créateur de mode Olivier Lapidus fait un tabac avec sa collection automne-hiver 1999-2000. Sur l'estrade, les mannequins défilent voluptueusement dans les robes de rêve, mélange de charme et de distinction. Certaines de ces tenues présentent cependant une particularité : leur tissus sont exclusivement teints aux couleurs végétales, la garance en tête.

Il s'en vend encore, sous forme de racines séchées, dans les bazars de villages reculés de l'Afghanistan, ainsi que nous avons pu le vérifier récemment. Cela donne à croire que les merveilleux tapis confectionnés dans les tribus de ce pays sont encore faits de laine teinte à la garance naturelle.
© Une partie de ce texte est extrait de l'article La garance de Walter Zurbuchen,
Revue du Vieux Genève nº 5, 1975.

 

L'huile de lin de grains à fibre pressée à froid est utilisée pour broyer tous les pigments sauf le blanc de plomb et les bleus. Elle convient de plus au broyage de la laque de garance et des noirs. Cette huile donne un film extrêmement souple et dur, et convient très bien au polissage.

Voir les produits beaux-arts Laverdure

Et si le rouge ne vous suffit plus : le bleu pastel


En Provence

 

 

Des conditions propices

 

Quoi qu'il en soit, cette plante était indispensable partout, et on peut se demander pourquoi elle n'a pas été cultivée partout aussi. C'est parce que tous les sols et tous les climats ne s'y prêtaient pas. Elle exigeait, notamment, un terrain à la fois très riche et très léger. Cette dernière condition n'importait pas qu'à la croissance de la plante, mais avait une influence certaine aussi sur le travail de la cueillette, puisque les racines, pour pouvoir être utilisées, devaient être débarrassées de leur motte, et il fallait que cette opération ne présentât aucune difficulté car la production locale ne pouvait concurrencer l'importation que si un travail supplémentaire ne la rendait pas plus coûteuse, compte tenu des frais de transport. C'est probablement pour cette raison que la production de la garance ne s'est pas étendue à tous les pays, mais est devenue la spécialité de certaines contrées surtout, comme les Pays-Bas où l'épaisse couche d'alluvions très fines et très fertiles qui caractérise les polders lui convenait à merveille.

 

En France

 

Ceux pour qui garance signifie avant tout France, seront sans doute surpris d'apprendre que, des deux régions de ce pays ou cette culture s'était surtout implantée, l'une, l'Alsace, ne l'avait reçue qu'en 1760 environ, l'autre, la région d'Avignon, qu'en 1766. Il est vrai que d'autres essais avaient eu lieu en France les siècles précédents, mais sans succès durable, semble-t-il.

 

En Provence

 

Pour ceux de la planète Marseille - la puce Garance est née Marseille XII ième - impossible de dire avec précision à quand remonte les premières utilisations de plantes tinctoriales en Provence. En revanche, dès l'antiquité, l'utilisation de la reine des plantes tinctoriales, la garance, est attestée. Ainsi, et comme leurs homologues de Pompéi, les fresques antiques de Vaison-la-Romaine doivent quelques-unes de leurs plus belles nuances de rouge à cette plante dont le principe colorant provient des racines. Autre trace archéologique prouvant l'enracinement de la garance dans l'histoire provençale : quelques précieux lambeaux de couleur rouge datant du Ier siècle de notre ère sortirent des fouilles effectuées à deux pas du Vieux-Port de notre planète, sur le site de la Bourse... Ensuite, florissante sous le règne du roi franc Dagobert puis sous celui de Charlemagne, la production de la garance connut un certain déclin aux alentours du XIV ième siècle, même si des traces écrites datant de 1320 attestent les cultures systématiques de garance dans le Roussillon. Le vrai départ de la garance, et avec elle celle de toute l'activité teinturière provençale, se situe au XVIII ième siècle. En 1756 précisément quand, sur les efforts de ses prédécesseurs, Louis XIV relance la culture, alors quasi-exclusivité de la Hollande au niveau européen. Il promulgue un édit qui exonère de l'impôt toute personne qui la cultiverait dans les anciens marais asséchés ! L'implantation de la garance, dont le centre névralgique se situe principalement autour de la Sorgue dans le Vaucluse, connaît des premières années difficiles, malgré la volonté et l'énergie d'un agronome, Jean Althen. La Révolution, puis les guerres de la République, freineront son succès. Ce n'est finalement qu'au début du XIX ième que la production de garance prend réellement son envol ! De tout temps en Provence les plantes tinctoriales furent exploitées, cultivées parfois de façon locale comme le sunac, mais toujours de manière artisanale. Seule l'exploitation de la garance engendra une véritable activité économique. Cet essor se concentre essentiellement dans le Vaucluse. En 1804, pas moins de dix moulins y réduisent en poudre les racines de garance, à la force des eaux de la Sorgue. Deux ans plus tard, ils sont quinze moulins, et en 1839 le département compte 50 usines à garance ! C'est alors par milliers que les paysans, de L'Isle-sur-la-Sorgue à Avignon, s'adonnent à la culture de la précieuse racine. Parallèlement, entre 1810 et 1830, afin de contourner le blocus imposé à Napoléon par les fucking Anglais et qui prive la France de plantes tinctoriales, d'autres cultures sont initiées : pastel à Cucuron et à Cavaillon, indigotier et polygonum à L'Isle-sur-la-Sorgue... De 1855 à 1870, un tiers des Vauclusiens travaille la garance, avec le renfort de saisonniers venus des alentours, parfois depuis les Alpes. Les quantités produites suivent une courbe à la hausse vertigineuse : la production de 5 000 tonnes de 1820 triple en vingt ans, pour passer à 25 000 tonnes en 1870. La région vauclusienne génère alors 65% de la garance au niveau mondial ! Elle alimente les teinturiers de France et d'Europe, et revêt de rouge jusqu'aux pantalons des soldats de l'armée française ! C'est te temps de la grande prospérité, l'âge d'or du rouge vauclusien. Les prix des terres propices à sa culture ont quintuplé, les salaires ont doublé et les produits tinctoriaux du Vaucluse sont primés lors de l'exposition universelle de 1855. Cette euphorie économique porte les germes du mal qui va la faire chuter. Les terres surexploitées durant des décennies peinent à réaliser les mêmes rendements, et ce malgré l'utilisation d'engrais comme les déchets des huileries marseillaises. De fait la qualité se dégrade, certains des négociants vauclusiens, tentés par l'argent facile, n'hésitent pas à falsifier la fine poudre tinctoriale en y incorporant de la brique pilée, des coques d'amandes ou encore du sable des ocres de Roussillon. L'or rouge perd pied, d'autant qu'une rivale vient d'être découverte qui plus est de meilleure qualité. C'est l'alizarine, version artificielle du principe actif de la garance. Elle portera le coup de grâce à l'ensemble de la production locale.

 

L'anecdote

 

Pour l'anecdote locale, voici l'histoire d'un Arménien né en 1709, réduit en esclavage en Turquie où il travaille durant quinze ans dans les garancières, et probablement sauvé par le consul du Levant qui l'envoya à Marseille. Agronome de formation, Jean Althen débarque un de 1756 à Avignon et réalise ses premières expériences concernant la culture systématique de la garance. Ces essais sont tentés entre autres à Orgon et à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Dix ans se passent, et notre homme s'associe à Clauseau Aïné, propriétaire terrien. En 1769, une première récolte fournit 2 500 kilos de racines qui seront achetés par un fabricant d'indiennes (ces toiles de coton colorées par impression) installé à Orange, Wetter. Si Jean Althen est un des plus illustres initiateurs de la lucrative culture de la garance en Vaucluse, il se révèle en revanche bien piètre gestionnaire (mais où est Momo ?). Désavoué par son associé, il meurt en 1774 dans la misère la plus totale. Dans les années 1830, le village des Paluds à proximité d'Avigon prospère grâce à la plante tinctoriale et souhaite acquérir son autonomie vis-à-vis de Monteux, proche bourg dont il dépend administrativement. La commune choisit ainsi le nom d'Althen-des-Paluds, en hommage au petit Arménien qu'elle intronisa 'introducteur de la garance en Provence'.

 

 


Procédé

Les racines, une fois récoltées, étaient séchées avec soin, puis broyées et pilées, afin d'en séparer l'écorce et le bois inutile, la substance colorante étant localisée sous l'écorce dans l'aubier. C'est cette garance, plus ou moins finement pilée et blutée, qu'on livrait au commerce. Selon le degré de perfection du travail qui consistait à ôter l'écorce et les radicelles, elle était dite robée ou non robée.

Un processus très raffiné, et qu'on ne cessait d'améliorer, permettait aux teinturiers d'en composer les bains de teinture nécessaires à leur industrie. La garance ne se fixait intimement à la substance des fibres (animales ou végétales) des tissus qu'en présence de calcaire (on devait parfois ajouter de la craie) et sous l'action d'un mordant, qui était généralement l'alun. Les procédés, bien entendu, variaient selon qu'il s'agissait de soie, de laine, de coton, voire de lin. La garance faisait partie, avec le kermès et la cochenille, des matières de "grand teint" ou "bon teint", par opposition à d'autres teintures, comme l'orseille ou le brésil, réservées au "petit teint" : il s'agissait, dans ce dernier cas, de couleurs souvent très belles, mais peu solides. Elles convenaient à des tissus dont on attendait peu de durée ou qui n'étaient pas destinées à paraître au jour : les doublures de vêtements, par exemple.

 


Toxicité

 

La propriété physiologique la plus curieuse de la racine de garance est de colorer en rouge les os des animaux qui en sont nourris, ainsi que, paraît-il, le bec et les pattes des oiseaux, particularité qui distingue déjà non seulement les mouettes du lac de Genève, mais aussi, ce qui est plus inattendu, l'aigle héraldique genevois, contrairement à toutes les règles de la nature comme du blason - il devait, en effet, s'agir de l'aigle impérial, au moins dans le principe.

 

Il n'était même pas nécessaire d'absorber la poudre de garance par voie buccale pour produire l'effet physiologique en question. On assura en 1850, à un Genevois de passage en Avignon, que l'on reconnaissait dans les cimetières les squelettes, colorés en rouge orange, des ouvriers des fabriques de garance ; information que nous livrons à nos archéologues, à toutes fins utiles.

La garance est une plante faiblement toxique. Des troubles digestifs mineurs et isolés peuvent apparaître lors de l'ingestion de plus d'une dizaine de baies. Le traitement est symptomatique. L'absence de symptômes, plus de 2 heures après l'ingestion d'une partie de la plante (baie, feuille, tige, fleur...) est de bon pronostic.

 

Tisanes thérapeutiques pour reins et vessie. Racine de garance (rubia tinctorum) : Diurétique doux, elle fait disparaître énergiquement les obstructions du foie et de la rate. Utile pour la gravelle.
© Ces renseignements nous sont fournis par la maison Robert & Fils inc. Montréal.


Commander

Commander de la racine de garance (rubia tinctorum) : http://www.gourmetfb.com/francais/vrac.htm


Références

Les textes, photos et informations viennent principalement :

  • du magazine Terre Provencale, titré 'De la couleur sinon rien' écrit par Pedro Lima et illustré par François Gilson

Michel Garcia doit également être cité puisqu'il est la figure incontournable des plantes tinctoriales en France. Il est l'auteur de deux ouvrages pour le moins instructifs :

  • De la Garance au Pastel, le jardin des teinturiers. Editions Edisud Nature. Un remarquable ouvrage pour s'initier aux secrets des plantes tinctoriales et les reconnaître sur les chemins de randonnées.
  • La Garance, de la racine à la couleur. Edité par l'association Couleur Garance.